Que lui dire sans aggraver les choses ?
Par Germaine Bacon ⋅ 30 juin 2025
Comment parler sans blesser : une mission délicate mais essentielle
Lorsqu’un proche semble en détresse, les mots peuvent peser lourd. Trop lourd. Et parfois, l’angoisse de « mal faire » nous pousse à rester silencieux. Pourtant, le dialogue peut être un véritable levier de secours. Alors, comment apporter du soutien à cette personne sans risquer d’aggraver sa souffrance ? Voici quelques clés pour établir une communication à la fois bienveillante, respectueuse et sécurisante.

Comprendre ce qu’implique une crise suicidaire
Une crise suicidaire ne signifie pas simplement « aller mal ». C’est un moment de bascule où la personne se sent acculée, sans issue, et pense que la mort pourrait être une solution. Elle ne cherche pas forcément à « mourir », mais plutôt à échapper à une douleur insupportable. Dans ces moments, la parole d’un proche peut faire toute la différence, à condition qu’elle soit portée avec tact.
Ce qu’il faut dire : des mots qui soutiennent et relient
Ouvrir la porte sans juger
Le plus important est de montrer que vous êtes disponible et à l’écoute, sans poser de diagnostic, ni minimiser.
- « Je m’inquiète pour toi, tu veux qu’on en parle ? »
- « Tu comptes beaucoup pour moi, je suis là si tu veux me dire ce que tu ressens. »
- « Tu vis quelque chose de très difficile. Tu n’es pas seul(e). »
Ces phrases simples peuvent initier un dialogue sans mettre la pression.
Valider la souffrance
Évitez de relativiser ou de comparer. Dire « Il y a pire que toi » ou « Tu as pourtant tout pour être heureux » nie la douleur ressentie.
À la place, dire :
- « Ce que tu vis a l’air très lourd. »
- « C’est normal que tu te sentes épuisé(e) dans cette situation. »
Voir sa détresse prise au sérieux procure déjà un soulagement..
Autres conseils
- Posez des questions ouvertes pour en savoir plus.
- Soyez calme et ouvert lorsque la personne parle de ce qu’elle ressent.
- Faites preuve d’empathie à l’égard de la personne.
- Montrez que vous êtes bien à l’écoute en résumant et reformulant ce que la personne dit.
- Clarifiez les points importants avec la personne pour vous assurer que vous la comprenez bien.
Comment savoir si une personne a des idées suicidaires ?
N’importe qui peut avoir des idées suicidaires. Le meilleur moyen de savoir si une personne pense au suicide est de lui poser directement la question. Ouvrez la porte sans juger comme indiqué plus haut. En raison de la honte, de la stigmatisation et des craintes qui entourent le suicide, il est important d’aborder le sujet avec tact et d’être dans de bonnes conditions de disponibilité et d’écoute. Il est également très important de savoir quoi faire en cas de réponse positive.
Si la personne est issue d’un milieu culturel ou religieux différent du vôtre, sachez qu’elle peut avoir d’autres croyances et attitudes vis-à-vis du suicide. Mettez de côté vos croyances ou vos jugements moraux sur le suicide.
Si vous ne vous sentez pas à l’aise de demander à la personne si elle a des idées suicidaires, adressez-vous à quelqu’un qui pourra le faire. Appelez le 3114 pour des conseils.
Pour en savoir plus, lire Comment aborder la question du suicide ?
Les pièges à éviter
❌ Les injonctions : « Fais un effort », « Reprends-toi »
Ces formules sont perçues comme des reproches. Elles peuvent renforcer le sentiment de honte ou d’échec.
❌ Les jugements ou le chantage affectif : « Tu ne peux pas me faire ça », « Pense à ta famille »
Ces phrases peuvent accentuer la culpabilité.
❌ Les questions vagues comme : « Penses-tu à faire quelque-chose de radical ? » ou « As-tu l’intention de te faire du mal ? »
Ces questions risquent d’être mal comprises. En effet, certaines personnes se font du mal volontairement sans avoir l’intention de se suicider. D’autres voient dans la mort une aide plus qu’un mal.
❌ Les solutions toutes faites : Proposer une « recette miracle » (sport, vacances, pensée positive) est souvent mal perçu.
Ce que la personne cherche avant tout, c’est être entendue, pas conseillée.
Et après : comment accompagner ?
Encourager une aide professionnelle
- « Tu as pensé à voir quelqu’un qui pourrait t’aider ? Je peux t’aider à chercher si tu veux. »
- « Tu connais le 3114 ? C’est un numéro gratuit et anonyme, avec des professionnels formés. »
Sans forcer, on peut proposer des pistes concrètes et rassurantes.
Ne pas rester seul(e) comme aidant
Être le soutien d’une personne en crise est éprouvant. Il est essentiel de parler à un médecin, un psychologue, ou une association d’aidants.
Ce qu’il faut retenir
- Être là, c’est déjà beaucoup.
- Parler, même maladroitement, vaut toujours mieux que le silence.
- Votre écoute peut sauver une vie, sans que vous soyez un professionnel.
Ressources d’aide et de soutien
- Psychologues via Doctolib ou plateformes spécialisées : pour consulter rapidement
- 3114 : Numéro national de prévention du suicide (24h/24, gratuit, anonyme)
- SOS Suicide : www.sos-suicide.org
- Unité de crise de l’hôpital Sainte-Anne (Paris) : https://www.ghu-paris.fr/fr/annuaire-des-structures-medicales/centre-hospitalier-sainte-anne
- Phare Enfants-Parents : www.phare.org