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Comment aborder la question du suicide?

Par Germaine Bacon ⋅ 21 août 2025

Penses-tu au suicide ?

Cette question, même les thérapeutes ont du mal à la poser (P. Quinnett, 2019).

Pourquoi ?

Parce que nous avons peur. Peur de ne pas savoir quoi dire, quoi faire si la réponse venait à être positive.

Poser la question ou en parler n’augmente pas le risque suicidaire.

Une personne qui n’est pas suicidaire ne va pas soudain le devenir parce que vous lui avez demandé si elle l’était. La plupart des gens ne se formalisent pas lorsqu’on leur demande s’ils ont des pensées suicidaires (Blades et al. 2018). Ils répondent par oui ou par non, et c’est à partir de là qu’il faut commencer à creuser. Certains vous diront que non, ça ne leur arrive jamais d’y penser. Et puis il y a ceux qui baissent la tête, ceux qui ont du mal à retenir leurs larmes ou ceux qui hésitent et murmurent qu’ils y pensent parfois. Ils n’en ont jamais parlé à personne, et le fait d’en parler les soulage.

Je n’en peux plus.


Quand une personne a des idées suicidaires, l’écouter peut déjà la soulager. Ne la laissez pas seule face à sa souffrance. Ne dites rien si vous ne savez pas quoi dire ou si vous avez peur de dire quelque chose de mal, mais soyez présent. Il est apaisant de se sentir entendu et soutenu. Ne l’oubliez jamais.

Pour aborder la question du suicide avec votre proche, allez-y progressivement :

« J’ai l’impression que tu es stressé en ce moment. »

« Veux-tu qu’on en parle ? »

« Qu’est-ce qui se passe ? »

« Tu peux tout me dire, tu sais, je peux tout entendre. »


Chaque nouvelle question doit vous rapprocher progressivement de votre sujet de préoccupation : les pensées suicidaires.


Exemple 1 :

Nicole : J’ai l’impression que tu es contrarié depuis quelques jours. As-tu des soucis au boulot ? Je te trouve plus stressé que d’habitude.

Roland : Effectivement, c’est l’enfer en ce moment. Je suis complètement sous l’eau.

Nicole : Qu’est-ce qui se passe ?

Roland : Je ne sais pas, je ne sais plus. Je n’arrive plus à faire la part des choses. Je déteste mon métier. Je croule sous les dossiers, mais un juriste qui ne supporte plus la vue d’un dossier, ça craint, non ?

Nicole : Tu as raison, ça craint. Des tas de gens détestent leur job au point de penser souvent à la mort. Est-ce que ça t’arrive à toi aussi de penser à ça ?

Roland : Pour être honnête, oui, ça m’arrive parfois. Si j’étais mort, je n’aurais plus à me taper toutes ces dépositions qui me pourrissent la vie jour après jour.

Nicole : Est-ce que tu penses au suicide ?

Roland : L’idée m’a déjà traversé l’esprit, je t’avoue.


Il s’agit de montrer que le fait de penser au suicide n’est en rien choquant ou « dingue ». C’est ce que le psychiatre Shawn Shea (1999) appelle « normaliser » les pensées suicidaires. Vous montrez ainsi à votre interlocuteur que vous êtes capable de parler du suicide sans paniquer et surtout, que vous êtes capable d’écouter.


Attention à la manière dont vous formulez vos questions. Dans l’exemple 2 ci-dessous, en réagissant comme elle le fait, Nicole empêche Roland d’avouer qu’il pense très souvent au suicide.


Exemple 2 :

Nicole : J’ai l’impression que tu es contrarié depuis quelques jours. As-tu des soucis au boulot ? Je te trouve plus stressé que d’habitude.

Roland : Effectivement, c’est l’enfer en ce moment. Je suis complètement sous l’eau.

Nicole : Qu’est-ce qui se passe ?

Roland : Je ne sais pas, je ne sais plus. Je n’arrive plus à faire la part des choses. Je déteste mon métier. Je croule sous les dossiers, mais un juriste qui ne supporte plus la vue d’un dossier, ça craint, non ?

Roland : Comme quoi ? Je ne vois pas de quoi tu parles.

Roland : Mais non, bien sûr que non. Allez, ça suffit. Parlons d’autre chose.

Une personne en souffrance n’attend pas des solutions miracles : elle veut juste que vous l’écoutiez.


N’ayez pas peur de lui demander si elle pense au suicide. Posez-lui clairement la question. N’utilisez pas des formules vagues comme   «  Penses-tu à faire quelque chose de radical ? » En lui permettant d’en parler ouvertement, avec compassion et sans jugement, vous lui donnez l’occasion de s’exprimer. Plus elle pourra parler librement de ses pensées, plus elle aura de chances de recevoir l’aide dont elle a besoin.

« Je suis là et tu peux te confier à moi sans retenue. »

Évitez les platitudes, questionnez avec humilité et écoutez vraiment les réponses.


Préférez les questions ouvertes auxquelles il est impossible de répondre par oui ou par non.

« Raconte-moi ce qui s’est passé aujourd’hui ? (ou hier soir, avant-hier…)

Témoignez de l’empathie à l’égard du vécu ou du ressenti décrit.

« Ce que me tu décris semble incroyablement douloureux/difficile. »
« Peux-tu m’en dire plus ? »

Posez des questions précises :

« Veux-tu que je t’apporte un repas ? » « Veux-tu venir dormir à la maison ? »

« Veux-tu que je vienne te chercher ? »


Observez des temps de silence entre chaque question et soyez attentif au langage non verbal :

« Je t’écoute mais tu n’es pas obligé de parler. »

Restez auprès de la personne, en lui offrant une présence réconfortante.

Si la personne traverse une crise profonde, les questions les plus attentionnées
sont parfois celles qui concernent les besoins fondamentaux.

« As-tu dormi un peu ? »

« Veux-tu boire un peu d’eau ? »

« As-tu mangé quelque chose aujourd’hui ? »

  • Évitez les « Pourquoi ? » inquisiteurs.
  • Évitez aussi de donner des conseils, surtout si on ne vous en demande pas.
  • Concentrez-vous sur ce que la personne vous dit. Écoutez-la vraiment.
  • Ne comparez jamais son vécu avec le vôtre.
  • Et surtout ne lui demandez pas de faire des efforts ou de se secouer !
  • Écoutez avec vos oreilles, vos yeux et votre cœur.
  • Écoutez sans interrompre même si c’est confus, répétitif ou ponctué de silences.
  • Rien n’est plus soutenant et authentique que votre présence et votre écoute.

Mais ne vous y trompez pas. Écouter s’apprend et exige de la pratique. Cela peut sembler étrange au début, mais quand la personne se sent entendue, elle se sent un peu moins seule dans sa douleur.

Même si c’est difficile, demander à quelqu’un s’il a des pensées suicidaires vaut mieux que de faire l’autruche et de rater une occasion de venir en aide à cette personne.

Source : Loving Someone with Suicidal Thoughts, What Family, Friends, and Partners Can Say and Do, Stacey Freedenthal, New Harbinger Publications, Inc. 2023 (extrait traduit en français par Germaine Bacon et publié avec l’aimable permission de Dr Freedenthal).


1. Bongar & Harmatz, 1991; Feldman & Freedenthal, 2006; Guy, Brown & Poelstra, 1990.