Mon proche a des idées suicidaires mais il refuse toute forme d’aide
Par Germaine Bacon ⋅ 21 août 2025
« Chaque fois que j’essaie d’en parler, il change de sujet. Il ne me répond pas ou bien il me demande de m’occuper de mes affaires. Je me sens démunie et impuissante face à une telle situation. »
Les personnes qui pensent au suicide sont souvent terrifiées à l’idée d’en parler
Les raisons les plus courantes sont les suivantes :
- Les gens vont penser que je suis fou.
- Je ne vois vraiment pas à qui je pourrais en parler.
- Ils vont m’interner dans un hôpital psychiatrique.
- Personne ne me croira. Ils penseront que je veux juste attirer l’attention.
- Les gens vont me regarder différemment.
- Je ne veux pas que les gens se mettent à surveiller tous mes faits et gestes.
- On va me rejeter ou me juger.
- Je suis le seul à pouvoir régler mes problèmes.
- J’ai peur de me faire sermonner.
- Les personnes à qui j’en parle changent de sujet, font une blague ou haussent les épaules.
- Si je lui en parle, elle va paniquer.
- Personne ne peut m’aider, pas même un psy.
- Je n’ai pas besoin d’aide.
- C’est ma vie privée, ça ne concerne que moi.
- Les gens vont penser que je suis une mauviette ou stupide.
- Ils vont en parler à d’autres personnes.
- Je déteste que les gens s’inquiètent pour moi.
- Je ne veux pas être arrêté par la police.
Appelez le 3114 pour demander conseil
Si vous avez peur que votre proche se suicide, mais qu’il refuse d’en parler avec vous, appelez le 3114 pour demander conseil. Si vous vous inquiétez pour votre adolescent, vous pourrez « plus facilement » l’emmener chez un thérapeute, un médecin ou à l’hôpital pour une évaluation. Les guillemets ont leur importance… rien n’étant facile dans le domaine de la santé mentale, aujourd’hui en France.
Montrez à votre proche combien il est aimé et apprécié
Vous pouvez également écrire à votre proche, lui dire combien il compte pour vous, ce que vous appréciez chez lui, en quoi il est unique. Demandez à des amis et à d’autres membres de la famille de faire de même. Il s’agit de lui montrer combien il est aimé et apprécié et non de le culpabiliser. Ne lui dites pas combien vous souffririez s’il se suicidait.
Il y a une différence entre dire :
« Ne vois-tu pas le mal que ça me ferait si tu mourrais ?
Comment peux-tu penser à me faire ça ? »
et
« Je t’aime et je tiens à toi.
Je veux t’aider à te sentir mieux pour que tu restes. »
A tous ces messages d’amour, vous pouvez joindre des informations sur les services de santé mentale de la région, et des livres d’auto-assistance. On ne sait jamais. Il pourrait s’en servir.
Quelques pistes pour vous aider
Interagir avec des personnes suicidaires est difficile. Les gens sont souvent effrayés, nerveux ou gênés de parler de leurs pensées suicidaires. Il n’existe pas de méthode universelle. Ce qui conviendra à l’un pourra être complètement rejeté par l’autre.
Privilégiez l’écoute à la parole
Vous n’êtes pas obligé de parler. Vous pouvez simplement vous asseoir à côté de votre proche ou le serrer dans vos bras, pour lui montrer autrement que par des mots que vous vous souciez de lui.
Ne le mitraillez pas de questions
Dites juste :
« Dis-moi ce qui t’arrive. »
« Qu’est-ce qui se passe ? » ou encore « Raconte-moi ».
Écoutez-le sans l’interrompre
Il ne doit pas avoir l’impression de passer un interrogatoire. Posez peu de questions et veillez à les répartir de la manière la plus naturelle possible au fil de l’échange.
Témoignez-lui de l’empathie et de la compassion
Reconnaissez les difficultés rencontrées ainsi que ses émotions, sans porter de jugement. Voici quelques exemples de ce que vous pouvez lui dire :
« Je vois que tu souffres énormément. »
« J’ai l’impression que tu ne vois pas d’autre moyen de mettre fin à ta souffrance. »
Remerciez-le de vous avoir parlé
« Je te remercie de m’en avoir parlé, je suis là et je vais t’aider. »
« Merci de m’en avoir parlé. Tu ne devrais pas avoir à gérer ça tout seul. »
« Je te remercie de ta confiance.
Surtout, ne reste jamais seul avec tes idées suicidaires.
Tu as bien fait de m’en parler. »
Cherchez à en savoir plus
En tant qu’ami, parent, frère ou sœur, vous n’êtes pas censé procéder à une évaluation formelle du risque de suicide. Néanmoins, vous devez chercher à en savoir le plus possible sur ce que vit la personne, afin de pouvoir lui apporter une aide d’urgence si nécessaire.
Votre proche se sentira d’autant plus entendu et compris que vous l’inviterez à vous en dire plus sur les difficultés qu’il traverse.
« As-tu repéré les moments où tu as des idées suicidaires ? »
« Depuis quand tu as ces idées ? »
« Y a-t-il des jours où tu en as plus que d’autres ? »
Ne cherchez pas à le dissuader de penser au suicide
Il ne se sentira pas compris si vous lui dites qu’il a tort de vouloir mourir.
Aussi difficile que cela puisse paraître, abstenez-vous de le contredire, de le culpabiliser ou de le raisonner.
Évitez les conseils qui rebutent plus qu’ils n’aident
Les gens donnent souvent des conseils du type :
« As-tu essayé le yoga, le sport, une thérapie ou des antidépresseurs ? »
« Voici ce que tu peux faire pour améliorer ta situation. »
« Tu ne dois pas prendre les choses autant à cœur. »
« Tout ira bien. Tu verras. »
Une personne qui souffre pourra s’agacer de se voir proposer de telles banalités. Essayez de comprendre sa position. Il y a un temps pour tout : lorsque la personne est en pleine détresse, il est prématuré de chercher à la rassurer ou de lui proposer des solutions.
Abstenez-vous de faire la morale ou de porter un jugement
Si vous êtes croyant et que vous pensez que le suicide est une violation du commandement divin « Tu ne tueras point », ce n’est pas le moment de partager vos convictions. Porter un jugement peut aggraver les sentiments de honte et de peur, et conduire la personne à se renfermer sur elle-même.
Autres exemples de jugements qui peuvent faire dérailler la conversation
« Le suicide est égoïste, lâche, faible et mauvais. »
« Tu es trop sensible. »
« J’ai vécu bien pire que toi, et je n’ai jamais voulu mettre fin à mes jours. »
« Tu dois penser de manière plus positive. »
« Tu dramatises toujours tout. »
Ne lancez pas d’ultimatum
Demander à quelqu’un d’arrêter de penser au suicide ne fera probablement pas disparaître ses pensées. Au contraire, cela pourrait dissuader la personne de vous reparler de son désir de mourir. Bien des personnes ont tenté de se suicider ou sont décédées après avoir promis de ne pas le faire. Une meilleure approche consiste à aider votre proche à réfléchir à la manière dont il peut résister à ses pensées suicidaires et à l’aider à suivre ou à élaborer un plan pour rester en sécurité.
Ne tentez pas le diable
En aucune circonstance, vous ne devez défier qui que ce soit de passer à l’acte. Ne dites jamais :
« Si tu voulais vraiment te suicider, tu l’aurais déjà fait »
ou
« Vas-y, fais-le ».
Les personnes qui lancent ce genre de défi imaginent à tort qu’une forme de « psychologie inversée » fera disparaître les pensées suicidaires. Elles pensent peut-être aussi que leur proche ne songe pas réellement à mettre fin à ses jours et qu’en le poussant à passer à l’acte, la vérité finira par éclater.
« Je l’ai pris au mot », a déclaré un père à propos de son fils adolescent. « Je suis allé dans le garage, j’ai pris mon couteau de chasse, je l’ai posé sur la table de la cuisine devant lui et je lui ai dit : « Tiens, voilà. Si tu es vraiment sérieux, tu en auras besoin. »
Il n’est pas difficile d’imaginer à quel point une personne suicidaire pourrait se sentir rejetée si on lui disait, de quelque manière que ce soit, « Fais-le ! ». Tragiquement, il existe de nombreux cas documentés de « suicide baiting », où des personnes se sont tuées après avoir été encouragées ou défiées par d’autres (Phillips et Mann, 2019).
Il n’y a pas qu’une seule bonne façon de procéder et si vous avez expérimenté des approches qui vous ont permis d’avoir des échanges constructifs avec votre proche, n’hésitez surtout pas à les partager en réagissant à cet article.
Source : Loving Someone with Suicidal Thoughts, What Family, Friends, and Partners Can Say and Do, Stacey Freedenthal, New Harbinger Publications, Inc. 2023 (extrait traduit en français par Germaine Bacon et publié avec l’aimable permission de Dr Freedenthal).
Laisser un commentaire