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TCD, EMDR, thérapies brèves : quelles approches pour la prévention suicidaire ?

Par Germaine Bacon ⋅ 25 juin 2025

Les thérapies validées face au risque suicidaire

Entre urgence clinique et stratégie de prévention, certaines approches psychothérapeutiques ont fait la preuve de leur efficacité dans la réduction des comportements suicidaires. Tour d’horizon des plus documentées.


Comprendre l’urgence : un enjeu de santé publique

Chaque année, près de 9 000 personnes meurent par suicide en France (données Inserm, 2023), et plusieurs centaines de milliers font une tentative. Face à cette réalité, la prévention passe autant par la détection des signes précoces que par l’accompagnement psychothérapeutique ciblé des personnes à risque. Parmi les approches validées par la recherche, trois familles de thérapies se démarquent : la thérapie comportementale dialectique (TCD), l’EMDR, et les thérapies brèves orientées solution ou narrative.

La thérapie comportementale dialectique (TCD) : une référence pour les cas complexes

Origines et principe

Développée dans les années 1990 par la psychologue Marsha Linehan, la TCD est une forme de thérapie comportementale conçue initialement pour les personnes souffrant de troubles de la personnalité borderline. Elle cible en particulier les comportements suicidaires chroniques et les automutilations.

Ce qui la distingue

La TCD combine entraînement aux habiletés émotionnelles, acceptation radicale, exposition, engagement comportemental et coaching téléphonique. Elle propose un cadre structuré incluant thérapie individuelle, groupes d’acquisition de compétences et travail d’équipe pour les soignants.

Efficacité documentée

  • Une méta-analyse (Dixon-Gordon et al., 2021) montre une réduction significative des tentatives de suicide chez les patients suivant une TCD, comparée à un traitement standard.
  • L’étude DBT-PTSD (Bohus et al., 2020) indique que la TCD est efficace chez les patient·e·s avec traumatismes complexes et antécédents suicidaires.
  • Recommandée par la Haute Autorité de Santé dans la prise en charge des troubles de la personnalité avec risque suicidaire.

Seul hic : très peu de professionnels sont formés à la TCD en France.
Je vous encourage à découvrir la tolérance à la détresse, une des compétences clés de la TCD. Voir aussi les capsules vidéo relatives à cette compétence.


L’EMDR : un outil puissant face aux traumatismes à l’origine du désespoir

Qu’est-ce que l’EMDR ?

L’Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) est une thérapie développée par Francine Shapiro en 1987. Elle vise à retraiter des souvenirs traumatiques via la stimulation bilatérale (mouvements oculaires, tapotements).

Pourquoi est-elle pertinente ?

Le traumatisme psychique non résolu est un facteur de risque majeur de suicide, notamment chez les personnes ayant subi des violences ou des abandons précoces. L’EMDR permet de désensibiliser ces souvenirs douloureux, de restaurer un sentiment de sécurité intérieure, et de réduire l’auto-dévalorisation intense qui alimente les pensées suicidaires.

Résultats probants

  • L’étude de van den Berg et al. (2015) montre une baisse significative des idées suicidaires après traitement EMDR chez des patient·e·s souffrant de PTSD.
  • Des essais contrôlés (Valiente-Gómez et al., 2020) indiquent que l’EMDR peut aussi être efficace chez des patients déprimés présentant des idées suicidaires, même sans trouble de stress post-traumatique.

Les thérapies brèves orientées solution ou narrative : mobiliser les ressources

Un autre regard sur la souffrance

Les thérapies brèves, telles que la thérapie orientée solution (TOS) ou la thérapie narrative, s’appuient sur les compétences et récits de vie des patient·e·s plutôt que sur la pathologie. Elles peuvent être mobilisées dans les phases de crise ou comme complément à d’autres approches.

Ce qu’elles apportent en prévention

  • Centration sur l’ici et maintenant, recherche de petits changements concrets, renforcement du sens de la vie.
  • Utiles notamment dans les dispositifs de post-crise (centres de crise, interventions de courte durée).
  • Elles favorisent l’alliance thérapeutique rapide, facteur protecteur reconnu contre le passage à l’acte.

Données de terrain

  • La TOS est utilisée avec succès dans des programmes comme SAFETEL (UK) ou les postvention teams nord-américaines.
  • Les effets sur la réduction du risque suicidaire immédiat sont positifs, surtout en association avec un suivi psychiatrique ou psychothérapeutique structuré (Franklin et al., 2017).

D’autres approches prometteuses

Thérapie basée sur la mentalisation (MBT)

  • Utile pour les jeunes en crise identitaire, elle développe la capacité à comprendre ses émotions et celles des autres.
  • Des résultats encourageants en prévention des passages à l’acte chez les adolescents.

Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT)

  • Basée sur la pleine conscience, elle apprend à vivre avec la douleur psychique sans chercher à la fuir.
  • Elle favorise l’engagement dans des actions en accord avec ses valeurs, même en présence de pensées suicidaires.

Ce que dit la recherche : vers une approche intégrative

Aucune thérapie ne se suffit à elle seule. Selon l’INSERM, une approche multimodale, combinant psychothérapie, pharmacologie (si nécessaire) et réseaux de soutien, reste la plus efficace. L’important est d’adapter l’approche au profil, à la motivation et à la temporalité du patient.

Des facteurs clés renforcent toutes les approches :

  • Alliance thérapeutique solide
  • Suivi structuré
  • Co-intervention et coordination des soins
  • Dispositifs d’urgence et de relance en cas de crise

Conclusion : soigner, mais aussi prévenir et accompagner

La prévention du suicide ne peut se résumer à une méthode unique. La TCD, l’EMDR et les thérapies brèves ont toutes démontré leur utilité dans des contextes spécifiques, avec des populations ciblées. Elles partagent un même objectif : redonner du pouvoir d’agir, restaurer du lien, et réduire la souffrance émotionnelle. Quand l’urgence suicidaire survient, la thérapie offre un temps pour commencer à se reconstruire..


Ressources d’aide

  • 3114 – Numéro national de prévention du suicide (gratuit, 24h/24)
  • www.suicide-ecoute.org
  • SOS Amitié – 09 72 39 40 50
  • Centres médico-psychologiques (CMP) ou maisons des adolescents
  • Orientations vers psychologues, psychiatres ou psychothérapies validées (via annuaires professionnels : psychologues.org, emdr-france.org)