Un plan de sécurité, ça se prépare quand on va bien
Par Germaine Bacon ⋅ 3 novembre 2025
En situation de crise, on peut perdre toute capacité de raisonnement logique. Pris dans un état second, on peut ne voir aucune issue à ses problèmes ou à sa souffrance. Un plan établi à l’avance peut alors sauver des vies. Il apporte clarté et réconfort dans les moments de détresse intense.
Reconnaître les signes avant-coureurs et savoir quoi faire pour garder le contrôle
Un plan de sécurité est un ensemble de mesures à suivre lorsque l’on commence à se sentir dépassé ou en danger. Il s’agit généralement de reconnaître les signes avant-coureurs, d’identifier ce qu’on peut faire pour se changer les idées, vers qui se tourner pour obtenir de l’aide, quoi faire pour sécuriser son environnement et quand faire appel à un professionnel. Rappeler dans ce plan pour quelle raison la personne se doit de rester en vie s’avère également utile. Avoir un tel plan permet aux personnes concernées de reprendre le contrôle avant que leurs émotions ne deviennent incontrôlables.
Impliquer les amis et la famille
Plus le proche implique ses amis et sa famille dans l’élaboration du plan, plus ces derniers seront en mesure de l’aider en cas de besoin. Ce plan doit être régulièrement mis à jour. Des études montrent que les personnes qui disposent d’un plan de sécurité sont nettement moins susceptibles de passer à l’acte que celles qui n’en ont pas (Nuij et al., 2021).
Choisir le bon moment pour planifier sa sécurité
À leur arrivée aux urgences, les personnes en proie à des comportements suicidaires sont souvent incapables de réfléchir sereinement. Ce n’est donc pas le bon moment pour les sensibiliser à l’intérêt d’un plan de sécurité.
C’est l’un des constats d’une évaluation de l’efficacité des plans de protection réalisée en 2025 auprès d’une cinquantaine de patients, d’aidants et de professionnels de santé. Les verbatims recueillis, reproduits ci-après, croisent les différents points de vue. Si certains reconnaissent l’utilité des plans de sécurité, d’autres en soulignent aussi les limites. On ne doit jamais oublier que ces plans ne sont qu’un outil parmi d’autres, et qu’il convient de se les approprier et de les réviser souvent.
Pour élaborer un plan de sécurité, il faut être en pleine possession de ses moyens
Patient SU004 :
Quand je suis arrivé(e) aux urgences, ils m’ont filé une feuille de papier (…)
et ils m’ont dit : « Vous pouvez remplir ça ? »
C’était un truc sur les pensées suicidaires, et j’étais complètement dépassé(e).
Y avait des questions du genre : C’est quoi tes stratégies pour aller mieux ? ou Qu’est-ce qui t’aide à tenir ? Et quand t’es dans un état d’esprit où t’as pas du tout envie de réfléchir à ça, tu te dis : Mais pourquoi ils me donnent ça, sérieux ?
Professionnel de santé KI1015 :
Lorsque les gens sont en situation de crise, leur cerveau ne fonctionne pas bien. Et quand on leur pose des questions pareilles, ils répondent souvent : « Je ne sais pas ! Je ne sais pas !
Je ne sais pas ! »
Patient SU010 :
Franchement, énumérer tes raisons de vivre quand t’es au fond du trou, c’est super dur. À ce moment-là, t’as juste pas la tête à ça, quoi. Et puis, honnêtement, si t’étais pas tout le temps en train de ressasser de telles pensées, entre le suicide et tout ce qui va pas, ben t’aurais même pas besoin de te poser la question. Tu pourrais juste… passer à autre chose, non ?
Professionnel de santé KI1015 :
Pour faire un plan de protection vraiment utile, il faut prendre le temps de bien comprendre la situation et de discuter avec la personne concernée. C’est en échangeant avec elle qu’on peut trouver ce qui va réellement l’aider. Si on se contente juste de cocher les cases sans creuser, le plan risque de perdre de son sens et de son efficacité.
Professionnel de santé FG3, P2 :
Toute personne qui nous inquiète repart avec un plan de sécurité, qu’il s’agisse d’un formulaire déjà bien rempli, ou contenant juste un numéro à appeler ou une personne à contacter. Aborder la question de la sécurité avec un patient suicidaire, c’est une partie active incontournable de toute séance de thérapie. Dans le cadre des suivis thérapeutiques, on a la chance d’avoir des rendez-vous réguliers dans la durée. Cela nous permet de creuser les choses en profondeur — les causes mêmes de la suicidalité. Passer du temps là-dessus, c’est à mon avis beaucoup plus payant : quand les personnes repartent, elles n’ont plus d’idées suicidaires, car on a pris le temps de s’attaquer aux problèmes de fond qui les ont amenées à penser au suicide.
C’est bien de pouvoir revoir le plan de sécurité avec un professionnel entre les crises.
Patient SU025 :
C’est un exercice que j’ai fait plusieurs fois avec différents professionnels. Je trouve ça utile. Il leur arrive de me proposer des choses à ajouter. Ou bien, quand ils m’ont vu en période de crise, ils me demandent : « Vous vous souvenez ? On avait essayé ça et ça avait marché. » Et souvent, j’étais tellement à côté de la plaque quand ça s’était passé que je ne me souvenais même plus qu’on l’avait fait.
Quand on travaille en groupe, les plans de sécurité sont plus riches.
Patient SU001 :
J’ai trouvé très utile de faire le plan de protection en groupe car d’autres participants ont suggéré des idées auxquelles je n’aurais jamais pensé toute seule.
Les amis ont plus de temps que les professionnels de santé
Patient SU007 :
(…) Les professionnels de santé ont rarement plus de 15 minutes à consacrer à l’élaboration d’un plan de sécurité, alors qu’avec mes amis, (…) on ne compte pas notre temps.
C’est bien d’avoir accès à des modèles en ligne pour inspiration et d’y travailler à son propre rythme
Patient SU025 :
Je pense que ce serait bien d’avoir un modèle à remplir soi-même. Par exemple, quand on traverse une période où l’on ne fait pas confiance aux professionnels, ou quand on n’est pas en thérapie, ce serait génial de pouvoir aller sur un site web et d’y trouver des modèles vierges, ou même peut-être des exemples.
Quand on est en pleine crise, un plan de sécurité n’est pas toujours la panacée
Patient SU028 :
Un plan de protection, c’est important. Mais quand vous traversez une crise vraiment grave et que vous êtes vraiment déterminé à mettre fin à vos jours, je pense que vous n’allez pas nécessairement suivre ce plan.
Patient SU004 :
Je ne sais pas comment font les autres, mais pour ma part, quand je replonge, je regarde le plan et je m’en fiche complètement. On peut toujours avoir un plan, mais s’en servir quand on traverse une crise suicidaire, c’est une autre paire de manches et en ce qui me concerne, c’est niet !
Patient SU011 :
Parfois, on n’a pas envie d’aller mieux. On n’a pas envie de voir le positif. On n’a pas envie de voir la lumière et de s’en sortir. On n’a pas vraiment envie d’être aidé ou de demander de l’aide. Parfois, on a envie de se faire du mal et on y pense. On est juste englué dans une profonde détresse.
Aidant F006 :
Noter quoi faire et vers qui se tourner, ça peut aider bien sûr. Mais quand une personne veut vraiment en finir, le pouvoir dissuasif de ce plan reste limité si vous voyez ce que je veux dire.
Patient SU024 :
Pour moi, je pense que c’est utile. C’est une sorte de check-list inscrite dans ma tête
et qui me dit : « si tu te sens mal à nouveau, va aux urgences ». De savoir ça, ça m’aide.
Patient SU017 :
Oui, je pense que c’est quelque chose qui peut m’aider quand mes propres pensées deviennent dangereuses.
Patient SU013 :
J’adore l’idée d’un plan de protection. Quand on se retrouve au creux de la vague, ça peut vraiment nous aider. On sait que dans la vie, il y a des hauts et des bas. Un jour tu vas bien et le lendemain, tu es au fond du trou. C’est comme ça que ça marche. On ne peut pas être au top tout le temps. Si c’était le cas, on n’aimerait pas non plus. Il faut avoir traversé l’obscurité absolue pour apprécier la lumière. C’est comme ça. Ça va et ça vient tout le temps, comme les vagues.
Un plan de sécurité, c’est loin d’être suffisant pour tous les patients
Professionnel de santé KI1010 :
(…) Il y a des patient·e·s qui ne veulent pas mourir en réalité. Ils sont juste la proie d’une suicidalité impulsive qui les plonge rapidement dans une détresse sans fond. C’est le cas notamment des personnes ayant un trouble de la personnalité borderline (…) Ces patient·e·s-là ont très peur de leurs propres pulsions suicidaires. Et en général, ils sont partants pour planifier leur sécurité et élaborer un plan de protection.
D’autres personnes sont plus ambivalentes (…) Elles ne s’engageront pas à utiliser un plan de sécurité, car quelque chose en elles veut réellement mourir. Ce n’est pas purement impulsif. C’est plus réfléchi. Elles y pensent vraiment (…) et donc, une simple planification de la sécurité ne suffira pas. Il faut aller plus en profondeur et essayer de travailler sur cette partie qui veut mourir, et les aider à mieux comprendre cela.
Quand les pensées suicidaires sont chroniques, la planification de la sécurité doit être abordée autrement
Professionnel de santé KI1014 :
Quand la suicidalité fait partie intégrante de l’identité d’une personne, il y a peu de chances que cette personne accepte que l’on y touche. Lui proposer de planifier sa sécurité est peine perdue d’avance. Avec ce type de personne, « planifier sa sécurité » consiste à lui demander : « Que comptez-vous faire cette semaine ? » ou encore « Viendrez-vous en thérapie la semaine
prochaine ? »
Professionnel de santé FG3, P3 :
Pour un grand nombre de personnes souffrant de suicidalité chronique, la réaction est tellement automatique que, même si elles ont un plan de sécurité, elles ne s’en serviront pas. Au final, c’est quelque chose qu’elles font pour le clinicien (…) et non pour elles-mêmes.
Le rôle clé de la famille et des amis
Patient SU028 :
(…) Ce plan, c’est une liste d’actions concrètes à prendre quand on sent venir une crise, des pulsions suicidaires ou un risque d’automutilation. Dans mon cas, ce plan implique beaucoup de personnes qui me soutiennent. Donc, quand je sens que ça ne va pas, j’essaie toujours d’appeler quelqu’un, comme ma sœur, ma mère ou mon partenaire. Je ne veux pas rester seule. Donc, si mes colocataires ne sont pas à la maison, je me débrouille pour aller chez quelqu’un.
Patient SU018
J’ai fait circuler mon plan dans mon cercle proche, mes amis, pour qu’ils sachent quoi faire, comment m’aider, parce que je pense que l’on est tous différents, et que, quand je suis dans cet état-là, j’ai peut-être simplement besoin qu’ils m’écoutent plutôt que de dire : « Oh, tu sais, ce n’est pas si grave, ça pourrait être bien pire » ou quelque chose dans ce genre.
Professionnel de santé KI1015 :
Nous élaborons un plan de bien-être avec le patient, et nous voyons ensemble comment impliquer ses proches dans la planification ou le suivi du plan. Je dis souvent : « c’est l’occasion pour vous de parler à votre famille, vos parents, votre partenaire et de leur expliquer comment vous aimeriez qu’ils réagissent ».
Et en l’absence de réseau familial ou social, on fait quoi ?
Patient SU005 :
On m’a demandé à l’hôpital d’élaborer un plan de sécurité. J’étais censé indiquer les personnes que je pouvais contacter si je me sentais déprimé ou en danger. Sauf que moi, je n’ai personne en qui j’ai vraiment confiance pour jouer ce rôle. Du coup, mon plan de sécurité a toujours été insuffisant.
Patient SU008 :
Je pense que c’est un outil utile, car il nous rappelle qu’il y a des personnes et des choses qui peuvent nous aider. Cependant, je reconnais aussi qu’à certains moments de ma vie, cela a été plus difficile parce que je n’avais personne à inscrire sur cette liste.
Patient SU017 :
J’ai eu du mal à suivre les plans qui consistaient simplement à appeler quelqu’un ou à parler à quelqu’un, en raison de… ou plutôt en grande partie à cause de mon anxiété générale.
Limites du soutien amical ou familial
Aidant F004
Je ne pouvais pas être là 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Mes frères et sœurs ont essayé, eux, et ils m’en ont probablement voulu de ne pas en faire autant. Je pense qu’il est impossible d’être présent en permanence. On ne peut pas surveiller quelqu’un 24 heures sur 24.
Aidant F009 :
Quand la violence physique a fait irruption, le thérapeute m’a tout de suite dit : « Il faut partir immédiatement. » Pour ma part, je me disais : « Je peux y arriver, je peux le faire. » Je pense que c’est là que j’ai commis une erreur : je croyais pouvoir faire face… J’avais vraiment l’impression de pouvoir tout gérer, jusqu’au moment où je n’y suis plus parvenue — et là, je me suis effondrée.
Aidant F008 :
Elle nous a remis les documents, mais elle avait masqué certaines informations. Elle avait supprimé le début du texte, là où il était écrit : « Je suis arrivée à l’hôpital après une tentative sérieuse de mettre fin à mes jours. » Elle avait retiré cette partie et nous avait simplement donné une photocopie de son plan de sécurité. (…) Nous n’avons jamais eu une vision complète de la situation. Nous n’avons pas fait le lien. C’est ce que je regrette profondément, car même avec ces informations, le drame s’est produit. J’ai lu son plan de sécurité et j’étais convaincue que tout allait bien. Malgré l’existence de ce plan, j’ai été naïve : je pensais qu’elle allait mieux, mais je me trompais. Je me trompais lourdement.
Les aidants doivent être correctement informés de la situation du patient
Aidant F001 :
Disposer de plus d’informations aurait été bénéfique pour elle comme pour moi. C’est le genre de démarche que l’on fait avec la patiente et son proche aidant. Cela nous aurait permis d’en discuter ensemble. En y repensant (…) à la fin, je savais qu’elle essayait de me protéger et qu’elle ne me disait pas tout. Mais s’il y avait eu un espace où elle avait pu s’exprimer librement — un cadre favorisé par le médecin ou toute autre personne de soutien — où nous aurions pu en parler tous les trois, je pense que cela aurait été très utile. Parce que, dans un tel contexte, il devient plus facile de communiquer les uns avec les autres.
Professionnel de santé KI1004 :
Je n’arrive pas vraiment à me souvenir de cas où nous avons impliqué la famille dans l’évaluation du risque suicidaire dans notre hôpital de jour. Pas tant dans l’évaluation elle-même, d’ailleurs, que dans la planification de la sécurité.
[Interviewer : J’imagine que l’un des obstacles, c’est le temps ?]
Le temps, oui, et puis, je dirais aussi le consentement et la volonté de chacun.
[Interviewer : Et la confidentialité ?]
Oui, la confidentialité également.
Professionnel de santé FG1, P2 :
Il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la planification de la sécurité et impliquer les membres de la famille.
Quand on implique la famille, ça se passe souvent mieux
Professionnel de santé KI1010 :
J’explique aux proches que le plan de sécurité est quelque chose de comparable aux premiers secours en pensées suicidaires. Quand de telles pensées surviennent, le plan est là pour leur rappeler ce qu’ils doivent faire. Et quant on leur explique comme ça, les familles s’impliquent et s’approprient le plan de sécurité pour bien se préparer en amont à une éventuelle crise. Je leur demande de mettre le plan sur leur téléphone, d’en imprimer des copies et de vraiment se préparer à l’utiliser pour de bon.
Face à des adolescents suicidaires, il est primordial d’impliquer la famille dans la planification de la sécurité
Professionnel de santé KI1008 :
Nous élaborons souvent un plan de sécurité avec des jeunes à haut risque, en collaboration avec leurs parents. (…) Lors des réunions familiales, je dis toujours aux jeunes que la sécurité n’est pas un secret. Ce n’est donc pas quelque chose que je vais cacher à votre famille, que cela vous plaise ou non. Le suicide est donc toujours un sujet dont nous parlons ouvertement lors des réunions familiales et avec les parents.
Plus le plan est personnalisé, plus il est efficace
Patient SU025 :
(…) mon plan est très ancré dans ma vie réelle. Il contient des éléments qui se trouvent chez moi. On y trouve les numéros de téléphone d’amis qui sauront quoi faire si je les appelle à l’aide… Ce sont des choses que je ferais naturellement de toute façon. Ces choses-là sont juste notées sur un bout de papier pour me rappeler ce que je dois faire en cas de besoin.
Patient SU007 :
J’ai planifié ma sécurité sous forme de carte mentale : si telle chose se produit, il faut faire ceci, et si telle autre chose se produit, il faut suivre cette voie. (…) C’est donc comme un organigramme… et c’est plus facile à suivre car lorsque je suis en grande détresse, j’ai vraiment besoin de directives claires. Je veille toujours à avoir plusieurs options possibles afin qu’il n’y ait jamais de choix définitif, car parfois les choses ne fonctionnent pas. J’essaie donc de structurer ma carte mentale de manière à ne jamais en arriver à un point où je me dirais « bon, c’était ma dernière option », car cela ne serait pas sécurisant pour moi.
Toujours avoir son plan à portée de main, quel que soit le format
Patient SU025 :
(…) Quand je suis en crise, je ne suis plus vraiment logique, j’ai du mal à me souvenir des choses, mais je sais toujours où se trouve mon plan de sécurité. Dans mon cas, il se trouve dans mes livres d’art, et je sais à quelle page le trouver. C’est quelque chose que je connais et qui m’est familier. Du coup, ça me réconforte et je me dis : « Oui, j’ai déjà fait ça, je commence ici, puis j’essaie ça.»
Patient SU008 :
Je pense qu’une application est vraiment utile. L’hôpital en avait fait une que j’ai utilisée pour des situations similaires. Par exemple, pour suivre mon humeur et mes déclencheurs, et cela m’a été très utile.
Patient SU024 :
Pour ma part, j’ai une préférence pour le stylo et le papier.
Patient SU015 :
Je suis plutôt une personne visuelle. J’ai donc besoin d’un plan écrit quelque part pour pouvoir le visualiser.
Convenir d’un système d’auto-évaluation de l’état de détresse
Patient SU025 :
Il y a différents niveaux de risque dans mon plan de sécurité. En gros, sur mon échelle, jusqu’à environ 9,5 sur 10, je peux gérer tout seul. Mais si ça monte à 9,6, là, c’est le moment où je dois appeler les pros.
Patient SU002 :
Quand je sens que je commence à aller mal mentalement, j’en parle avec mon meilleur ami. On a une sorte de baromètre pour savoir où j’en suis. Genre, 0, ça veut dire que je suis complètement à plat, plus d’énergie, plus envie de vivre, que je pense au suicide. Et 8, c’est le plus heureux que j’ai jamais été.
Donc, de temps en temps, comme tout le monde, je traverse des moments difficiles, et mon pote me demande : « Alors, t’es où sur ton échelle ? » Et je lui dis franchement : « Là, je me sens à 2. » Et là, il sait qu’il doit passer à l’action.
Patient SU025 :
Vers la fin de la semaine dernière, j’ai vraiment eu un moment compliqué. J’ai appelé mon thérapeute. Il m’a rappelé et il m’a dit : « Je peux l’entendre à votre voix. Vous vous situez à
combien ? » Il me fait confiance, il sait que la note que je donne est fiable. Donc c’est super utile d’avoir ça, une échelle bien définie qu’on utilise quand j’en ressens le besoin (…) c’est comme un code entre nous, pour dire : « Non, là, c’est vraiment sérieux. »
Professionnel de santé KI1008 :
Je trouve que c’est parfois difficile avec les personnes qui ont des pensées suicidaires chroniques. J’ai beaucoup de patients qui pensent souvent à mettre fin à leurs jours, ou qui, tout simplement, n’ont plus envie d’être en vie. Pour évaluer le risque, je me base sur leurs comportements et sur les changements que j’observe chez eux.
Avec certains patients, on établit ensemble un plan de sécurité très clair : si vous me dites certaines choses précises, je vous envoie aux urgences, quoi qu’il arrive ensuite.
Par exemple, si vous me dites que vous êtes en danger immédiat ou que vous avez posé un certain geste, il n’y a pas de discussion possible : vous partez aux urgences. Peut-être que ce ne sera que pour une nuit, mais ça veut dire qu’à ce moment-là, vous n’êtes pas en sécurité, et c’est à moi d’agir pour vous mettre en sécurité. J’ai donc des accords de ce type avec certains patients, pour qu’on sache clairement, eux comme moi, à quel moment ils sont en sécurité ou non.
Professionnel de santé KI1008 :
Ma patiente utilise un système de couleurs qui marche bien pour elle. Elle me dit : « Si je suis dans la zone rouge, c’est que je vais essayer de me suicider. »
Un jour, elle est venue en me disant : « Je suis dans la zone rouge. » Et moi, j’ai dit : « D’accord, eh bien, direction les urgences. »
(…) C’est une ado qui a déjà fait huit tentatives de suicide.
Lien vers la vidéo : Un plan de sécurité, cquancquoi ? Comment l’utiliser
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