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Suicide : un état des lieux qui devrait alerter les décideurs

Par Germaine Bacon ⋅ 20 juin 2025

9 000 suicides par an en France

Selon Santé publique France, environ 9 000 personnes meurent par suicide chaque année. Cela équivaut à un décès toutes les 60 minutes, C’est trois fois plus que les accidents mortels de la route.
Au niveau mondial, c’est aussi la deuxième cause de mortalité chez les 15-29 ans et la cinquième chez les moins de 13 ans.

200 000 tentatives estimées chaque année

Pour chaque suicide, on estime qu’il y a entre 10 et 20 tentatives. Cela représente environ 200 000 personnes qui tentent de se suicider chaque année.

Les derniers chiffres connus en juin 2025 sont ceux de 2022.


Le dernier taux de suicide officiellement connu en France est de 13,3 décès pour 100 000 habitants, enregistré en 2022. Les méthodes de comptabilisation des décès ont beau avoir évolué, le nombre de suicides enregistrés en 2024 ne sera connu que début 2027. Comme souvent en France, le mille-feuille administratif ne facilite pas la tâche des statisticiens et des chercheurs.

En 2022, 2 275 femmes et 6 925 hommes se sont suicidés en France1. Selon le CépiDC, le nombre de suicides estimé à partir des certificats de décès est sous-évalué de 9 %2.

Les hommes se suicident trois fois plus que les femmes

Les hommes représentent 75 % des décès par suicide, alors que les femmes tentent plus fréquemment de mettre fin à leurs jours. Les méthodes utilisées, mais aussi le refus d’aide psychologique ou les normes de virilité, participent à cette surmortalité masculine.

Chez les agriculteurs, le risque de suicide est supérieur de 30% à la moyenne nationale

Le taux de suicide est particulièrement élevé chez les agriculteurs, les artisans et les indépendants. Une étude de l’INSERM de 2021 a montré que les agriculteurs ont un risque de suicide 30 % supérieur à la moyenne nationale, en raison de l’isolement, de la précarité et de la pression économique.

Les jeunes de 15 à 29 ans : une population à haut risque

Chez les jeunes de 15 à 29 ans, le suicide est la deuxième cause de décès après les accidents.
Selon les urgences hospitalières, les tentatives ont fortement augmenté chez les adolescentes depuis la crise sanitaire. La santé mentale des jeunes doit devenir une priorité des politiques éducatives et de santé.

Une hausse des gestes suicidaires post-Covid

Les données de Santé publique France montrent une augmentation significative des passages aux urgences pour gestes suicidaires, en particulier chez les jeunes filles de 12 à 17 ans, avec une hausse de +27 % entre 2021 et 2022. La pandémie a mis en lumière les failles du système de santé mentale.

Des disparités territoriales marquées

La Bretagne, les Hauts-de-France ou encore l’Occitanie enregistrent des taux de suicide nettement supérieurs à la moyenne nationale. Ces différences soulignent l’importance d’une approche territorialisée des politiques de prévention.

Un coût social et économique majeur

Le suicide a un coût économique estimé à plusieurs milliards d’euros par an, entre la perte de productivité, les soins d’urgence, les hospitalisations et l’impact sur les proches. Avec 11 558 décès par suicide et 200 000 tentatives de suicide enregistrés en 2019, la France a perdu cette année-là un total de 440 172 années de vie par suicide et 37 200 années de vie par tentative de suicide. Cela correspond à une valeur monétaire de 14,6 milliards d’euros pour les décès (79,1 % des coûts totaux) et de 1,3 milliard d’euros pour les invalidités (24,8 % des coûts totaux)3. En moyenne, cela représente 355 euros par habitant. Lire Plus de 440 000 années de vies perdues en 2019.

La prévention est efficace… mais sous-financée

L’OMS rappelle que le suicide est évitable, à condition de mettre en place des stratégies coordonnées : accès facilité aux soins, formation des professionnels, limitation de l’accès aux moyens létaux, campagnes d’information. Pourtant, en France, moins de 3 % du budget de santé mentale est consacré à la prévention.

Le 3114 : une avancée encore trop peu connue

Lancé en 2021, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, accessible 24/7. Il constitue une avancée majeure, mais reste sous-utilisé faute de communication à grande échelle. Son renforcement doit s’accompagner d’une stratégie nationale ambitieuse.

Des gestes suicidaires en augmentation chez les adolescentes et les jeunes femmes


Dans le cinquième rapport de l’Observatoire national du suicide (2023), les tendances du nombre de suicides présentaient des résultats contrastés. En France, le taux de suicide a diminué de 32,6 % entre 2001 et 2017, avec une baisse plus marquée entre 2009 et 2017 (-26,7 %) qu’entre 2001 et 2009 (-8,0 %). Cependant, certaines tranches d’âge, comme les moins de 25 ans et les 45-54 ans, ont vu leur taux de suicide augmenter entre 2001 et 2009. Pendant la pandémie de Covid-19, le nombre de décès par suicide a diminué pendant les confinements de 2020, probablement en raison d’un sentiment de cohésion sociale et d’une surveillance accrue des proches. Toutefois, à partir de l’automne 2020, les gestes suicidaires ont augmenté, notamment chez les adolescentes et les jeunes femmes.

La baisse tendancielle constatée depuis le milieu des années 1980 s’est inversée en 2018


En France, le taux de suicide a connu une baisse tendancielle depuis le milieu des années 1980 jusqu’en 2017. Cette tendance s’est malheureusement inversée en 2018, notamment grâce à une amélioration des données statistiques. Entre 2020 et 2022, le taux brut de suicide a légèrement augmenté. Il est passé de 13,0 à 13,3 pour 100 000 habitants, avec 9 200 suicides enregistrés en 2022. Par ailleurs, dans les prisons, le nombre de suicides a augmenté de 31,9 % entre 2020 et 2023. Il est passé de 119 à 157 suicides, une hausse plus rapide que celle de la population carcérale. Le taux de mortalité par suicide des personnes écrouées est passé de 16,0 à 17,5 pour 10 000 écroués durant cette période.4

Derrière les chiffres, il y a des milliers de vie perdues


Affirmer année après année que la tendance des suicides est à la baisse depuis trente ans comme je l’entends souvent alors que les chiffres les plus récents sont encore méconnus et vraisemblablement sous-estimés est une approximation douloureuse pour les familles endeuillées. Derrière les chiffres, il y a des milliers de vies perdues et invisibilisées. Je préférerais de loin que les journées de prévention du suicide commencent par une minute de silence que par une série de chiffres plus ou moins à jour.



Pour un aperçu général du suicide en France : https://fr.statista.com/themes/2757/le-suicide-en-france/#topicOverview

Ce qu’il faut retenir

Les chiffres le montrent : le suicide touche tous les âges, tous les territoires, et coûte à la société bien plus que ce qu’il faudrait pour prévenir efficacement les passages à l’acte. Il est temps que les décideurs fassent du suicide une vraie cause nationale.


Ressources utiles

1. Source : 6è rapport de l’Observatoire national du suicide – Février 2025

2 Aouba A, Pequignot F, Camelin L, Jougla E, « Évaluation de la qualité et amélioration de la connaissance des données de mortalité par suicide en France métropolitaine », 2006

3. Segar, L.B., Laidi, C., Godin, O. et al. The cost of illness and burden of suicide and suicide attempts in France. BMC Psychiatry 24, 215 (2024). https://doi.org/10.1186/s12888-024-05632-3

4. 6è rapport de l’Observatoire national du suicide (2025)