Si j’avais appelé amis, voisins et famille à la rescousse…
Par Germaine Bacon ⋅ 31 août 2026
Les amis, les voisins, la famille, eux aussi, il faut leur demander d’entrer dans la boucle du soutien. Et ce n’est pas parce que vous les mettrez au courant des difficultés que vous rencontrez qu’ils répondront tous présents. Les signaux faibles, soit on ne les voit pas, soit on les banalise. Qui plus est, on peut avoir des idées suicidaires sans avoir de pathologie psychiatrique. Mais souvent, idées suicidaires et troubles psychiques vont de pair. Or, les troubles psychiques font peur et créent le vide autour des familles concernées. Il faut donc ratisser très large avant de trouver les personnes qui voudront bien nous épauler dans les moments difficiles.
Suite de la litanie des « Si » (2/9)
Aujourd’hui, je regrette amèrement de ne pas avoir su m’entourer de personnes sur qui compter pour :
- passer du temps avec mon fils si besoin,
- prendre régulièrement de ses nouvelles,
- proposer des sorties ou des activités,
- aider dans les tâches du quotidien (courses, rendez-vous, etc.).
Le plus important à faire quand on est face à une personne qui ne va pas bien, c’est d’élaborer avec elle un plan de sécurité en répondant à des questions bien précises :
Avec qui tu te sens en sécurité ?
Qui appeler si tu sens que tu es en train de perdre pied ?
Les personnes nommées doivent être mises au courant.
Elles doivent savoir quoi faire et comment se comporter quand la personne appelle.
Elles doivent savoir qu’elles sont des personnes-ressources en cas d’urgence ou de crise.
Notre proche doit apprendre à reconnaître ce qui déclenche ses pulsions suicidaires.
Il doit aussi apprendre à trouver des solutions pour arrêter ses pensées suicidaires et si ça ne marche pas, savoir qui appeler ou bien où aller pour se faire aider.
Et il faut que tout cela soit très spécifique, très précis.
Écouter de la musique peut aider, oui, mais quelle musique ?
Pendant la crise suicidaire, les émotions prennent le dessus
La personne en crise peut ne plus se souvenir de ce qu’elle ferait normalement si elle n’était pas en crise. Le fait de l’écrire et de garder ces écrits à portée de main peut aider la personne à surmonter la crise.
Le plan de sécurité doit être partagé avec toutes les personnes-ressources possibles : grands-parents, voisins, amis, professeurs, etc. car une crise suicidaire peut intervenir n’importe où, n’importe quand.
Toutes ces personnes doivent être informées de ce qu’elles peuvent faire et ne pas faire, dire ou ne pas dire. Et savoir qui contacter s’il y a un problème.
Le plan de sécurité affiché sur le réfrigérateur ou enregistré dans le téléphone doit aller à l’essentiel.
S’il est trop long, il ne sera pas efficace.
Il faut aussi s’inquiéter des différents moyens possibles de se tuer et tout mettre en œuvre pour rendre ces moyens impossibles.
On se bat contre un monstre silencieux
Le suicide est un monstre qui avance sans faire de bruit. Il s’insinue dans les moments les plus paisibles. Pendant que tu rentres chez toi en voiture au coucher du soleil, alors que le ciel s’illumine de pourpre. Pendant que tu plies le linge et que le silence s’installe. Pendant que tu souris de l’autre côté de la table, en faisant semblant d’écouter.
Ce n’est pas seulement une question de souffrance. Ça peut aussi être la promesse d’un soulagement.
On ne nous le dit pas assez. Le suicide ne crie pas forcément ; souvent, il apaise. Il dit parfois :
Tu en as assez fait. Tu as assez essayé. Tu es fatigué. Laisse-moi t’aider.
Attention aux changements subtils
Les signaux d’alerte précoces, tels que les changements d’humeur, les troubles du sommeil, le retrait vis-à-vis des proches ou les comportements à risque, passent souvent inaperçus ou sont mal interprétés. Pourtant, ces changements subtils sont des indicateurs cruciaux qui montrent qu’une personne peut être en difficulté et avoir besoin d’aide. Réagir à ces signes avec empathie et rapidité peut faire toute la différence, en prévenant une éventuelle crise.
Il faut parler du suicide en famille
Il est essentiel de parler de la santé mentale et du suicide en famille. Aborder ces discussions avec une attention sincère, de la patience et sans jugement encourage les personnes qui souffrent à partager leurs difficultés. Il peut être difficile de demander de l’aide ou d’admettre sa vulnérabilité, mais savoir que quelqu’un est prêt à écouter et à apporter son soutien sans stigmatisation facilite cette première démarche.
Informons-nous sur les signes à repérer et sur les manières de réagir
Chacun a un rôle à jouer, que ce soit en tant que membre de la famille, ami, collègue ou membre de la communauté, pour reconnaître les premiers signes de détresse et y répondre. Notre attention peut transformer l’isolement en lien et la peur en espoir. En nous informant sur les signes à repérer et sur la manière de réagir, nous devenons des alliés précieux dans le parcours de rétablissement d’une personne. Les crises de santé mentale peuvent être source d’un sentiment d’isolement intense, mais un soutien apporté à temps et fondé sur la compassion peut rétablir un sentiment de sécurité et d’appartenance.
Le poids de l’absence et du silence
Quand quelqu’un se suicide, il ne part pas simplement. Il laisse derrière lui des questions sans réponse. Il laisse un silence qui résonne plus fort que n’importe quel mot. Et il nous laisse, nous. Ceux qui l’aimaient. Ceux qui auraient tout fait pour alléger son fardeau, si seulement nous avions su quoi faire à temps.
Pour faire reculer le suicide et briser le tabou, il faut en parler
Tous ces services d’écoute et d’accueil, partenaires de la Stratégie nationale de prévention du suicide, sont anonymes et gratuits.
A lire prochainement, le troisième article de la litanie des Si (3/9) :
Si la prise en charge suicidaire avait été à la hauteur…