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Leurs idées suicidaires ont disparu

Par Germaine Bacon ⋅ 6 janvier 2026


Léa, Élaine, Lucie, Audrey, Christophe, Olivier, Pascaline et Roxane ont longtemps eu des idées suicidaires. Aujourd’hui, tous ces jeunes vont bien. Ils ont appris à vivre avec leurs fragilités. Leurs témoignages sont de formidables vecteurs d’espoir. J’aurais aimé que mon fils les entende. Vous pouvez les découvrir ci-après dans une version abrégée ou les écouter en intégralité en version audio sur https://lesulysses.fr/temoignages/

Si vous êtes en difficulté ou traversez une période de crise, n’hésitez pas à contacter le 3114, numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24 et 7j/7.


Crédit photo : capture d’écran Vidéo Les Ulysses – Trois Petits Points https://www.youtube.com/watch?v=OvVmiio94Ag

Léa

Jamais, jamais, jamais, jamais…
JAMAIS,
j’aurais imaginé avoir une vie aussi riche, heureuse et épanouie
à cette période-là.
Et personne n’aurait pu me faire croire à ça.
(…)

C’est pas parce qu’une manière de voir les choses
m’est complètement inconnue,
qu’elle n’existe pas.
C’est juste que je n’en ai pas conscience.

…Il y a plein de choses que j’ignore dans ce monde,
c’est de se dire ça !
…d’envisager la possibilité
qu’il y ait un inconnu…
auquel j’ai pas accès ou encore accès.

Et c’est ça qui m’a permis de tenir…

Parce que même si pour moi,
l’évidence c’est que ça devait s’arrêter…
(…)

…me dire à un moment donné,
si ça se trouve, quelque part, il y a un inconnu
qui va régler le problème, qui sera différent.
… une autre solution.
(…)

Je me suis toujours dit :

« Peut-être que…
parce que je ne sais pas tout. »

(…)

Personne ne peut décider
du temps que ça va prendre.
(…)

Pour moi, ce qui aide à passer ce temps
c’est de voir que cette mauvaise herbe,
ce n’est pas de la mauvaise herbe…
(…)

C’est juste une manière dont on la perçoit.
(…)

Aller vers les personnes qui nous inspirent,
qui nous connectent à la vie,
le plus possible, le plus vite possible.
Donc, c’est pas forcément
les personnes qu’on aime bien.
C’est aller vers les personnes qui vont vous aider.
C’est différent.
(…)

Ça va être tout ce qui va me permettre
d’extérioriser cette douleur.
(…)

Quand ça se retourne contre soi,
il faut toujours se dire
qu’il y a de l’aide à aller chercher.

Même si on n’est pas convaincu
que ça puisse vraiment nous aider,
il faut quand même y aller.
(…)

On me disait :

« Parle. »

Je lisais dans des articles :

« Il paraît que parler ça fait du bien. »

J’avais pas envie de parler.
Donc, je me suis dit :

«Allez je vais essayer. Paraît que ça marche. »

Ça n’a pas marché tout de suite.
(…)
C’est pas du tout sympa comme activité de parler.
Ça ne me plaisait pas du tout.
Mais bon, n’empêche que j’ai recommencé,
recommencé encore et encore
et c’est tout un cycle
et ça marche.
(…)

Finalement, en fait, c’est moi
qui ai créé mes bases, mes fondations.
(…)

Dans notre vie,
il nous arrive plein de tuiles, en fait.
Mais le vrai secret, c’est comment, nous, on va réagir.

Je n’ai plus du tout de pensées ou d’intentions suicidaires.
Mais alors, plus du tout, du tout !
(…)

Les moments où ça va moins bien,
où je vais avoir un coup au moral,
je laisse aller.
(…)

La vraie clé, c’est pas de savoir
ce qui va nous arriver ou pas,
c’est ce qu’on va faire avec ce qui nous arrive.
Pour moi, la vraie clé, c’est ça.

Parce que la vraie vie, c’est pas youpi la vie, tout le temps !

Élaine

Je pense que dans mon cas,
c’était tellement de souffrance que ça devenait…
que je devenais… « insensible » entre guillemets.
…je souffrais tellement,
j’arrivais tellement pas à m’en sortir,
à savoir ce que je devais faire,
à savoir qui j’étais,
que du coup,
tout le reste perdait du sens.
(…)
Aujourd’hui, j’ai des ressources.
Et donc, si je souffre,
je peux en parler,
je peux trouver des solutions, etc.
(…)
Aujourd’hui, je m’autorise à dire :

« Ça va pas, et ma priorité c’est moi. »

Ma priorité, c’est que d’abord on va aller mieux
et après on verra tout le reste.
Et du coup, quand je me lève le matin et que ça va pas,
je dis :

« ben, j’avais ça de prévu aujourd’hui,
et ben, on va pas faire ça,
on va prendre un bain
et ça ira mieux. »

Moi, la plus grosse période, ça a été quand j’étais au lycée.
(…)
Il n’y a pas eu d’éléments déclencheur ou quoi que ce soit.
J’avais toujours été très dépressive, en fait.
Et à l’époque, au lycée,
on s’est rendu compte que j’avais un trouble mental.
En fait, je suis dissociative, et on ne le savait pas du tout.
Et je découvre que la dépression
et notamment, les crises suicidaires
sont des comorbidités de la dissociation.
Et ben, je savais pas du tout.
Et donc du coup, j’ai grandi avec ça…
Plus je grandissais, plus je me sentais mal.
(…)

Je pense qu’il y a vraiment eu
un AVANT
et un APRÈS les tentatives de suicide…
(…)

J’ai été diagnostiquée,
j’ai changé d’endroit,
j’ai rencontré de nouvelles personnes, etc.
et après, j’ai plus eu de raison d’essayer…
(…)

J’ai toujours un truc qui me donne envie de voir ce qui va se passer.
J’ai toujours des gens avec qui j’ai envie de passer une soirée
ou des cours auxquels j’ai envie d’aller, etc.
Donc, j’ai pas de raison de me suicider là, maintenant, tout de suite.

Je repense à la « moi » de l’époque.
Est-ce que j’aurais aimé qu’on me dise quoi que ce soit ?
Je sais pas ce qu’on aurait pu me dire pour que j’aille mieux.
Je sais pas ce qu’on aurait pu me dire.
(…)

Même si je voyageais dans le temps,
que je rencontrais ma « moi » de l’époque
et que je lui disais :

« T’inquiète, ça ira mieux. »

Je pense qu’elle ne me croirait pas.
Et pourtant ça va mieux.
Je sais pas ce que je pourrais dire.
Juste d’être là pour écouter, je pense.
Mais s’il y a une volonté qui vient [de la personne en détresse], écoutez ça.
Juste ne pas dire :

« Oui, t’inquiète, ça ira mieux, crois-moi. » etc.

Ça, je ne vois pas ce que ça peut faire.
Mais si la personne dit :

« J’aimerais bien essayer ça ou faire ça. »

Ben oui, vas-y, vas-y à fond !
Et s’il y a, ne serait-ce qu’un truc qui peut commencer à sortir,
je pense qu’il faut encourager ça.
(…)

Quand je me rends compte
que mon cerveau commence à me dire des trucs pas terribles,
pour moi, le plus important,
enfin, dans mon cas,
ce que j’ai observé qui marche,
c’est : je pense à autre chose.
(…)

Je découvre un monde sans cette souffrance.
(…)
Je comprends ce que ressentent les gens
qui n’ont jamais été suicidaires.
Je comprends comment ils font pour aimer la vie.
(…)

Il y a encore des jours
où j’en reviens pas du fait que ça va,
que je suis heureuse.
Je souffre pas, j’ai pas mal,
j’ai pas envie d’arrêter d’exister.

(…)

Et je suis vraiment très, très contente,
parce que je ne pensais pas en arriver là, un jour.
Je pensais pas que c’était possible de se lever le matin
et de pas avoir envie de ne pas…
Et je pense que ça me fait aussi vraiment du bien d’en parler.
et de savoir qu’il y a des gens qui ont souffert comme moi
et qui ensuite vont mieux, même si moi je ne le vois pas,
même si moi, sur le moment, je ne peux pas imaginer que ça m’arrive à moi.
(…)

Donc, je suis très contente de pouvoir en parler.


Lucie

À 15 ans, 14-15 ans, je me souviens très bien.
Je pensais à 100 % que mon futur,
ce serait mourir à 40 ans, seule,
dans la rue, sans argent, sans rien.
C’était la seule vision que j’avais de mon futur.
C’était ça : je n’irai jamais mieux.
Ma souffrance ne partira jamais.
Je vais rester dans cet état pour toujours
et je vais mourir à 40 ans, seule, sans personne,
sans argent, dans la rue.
Et si on m’avait dit…
(…)

J’aurais jamais cru ça, quand j’avais 16 ans.
Et donc là, en effet, ça se passe et c’est magnifique.
Oui, moi j’avais 15-16 ans,
c’était toute cette période là, 14-15-16 ans où ça a évolué
et c’était vraiment une dépression,
des pensées suicidaires
et une tentative de suicide,
liée à une totale absence d’estime de moi, globalement.
(…)

Ce qui a été pour moi vraiment important,
déjà, c’est que j’ai été accompagnée.
Comme j’ai fait une tentative de suicide
et que j’étais jeune,
on m’a proposé d’aller dans un centre pour adolescents.
Donc à Bordeaux, j’ai été hospitalisée à Pellegrin, à côté de Pellegrin.
Et donc là, déjà, j’ai eu des thérapeutes, des psychologues qui m’ont aidée.
J’ai eu des infirmiers, des gens qui pouvaient m’écouter.

Et autour de ça, je me suis dit :

« Bon, j’ai pas d’estime de moi ou pas beaucoup en sortant de l’hôpital,
comment est-ce que je peux faire pour en avoir plus ?
Comment est-ce que je peux faire pour me sentir bien dans ma peau ?
Comment est-ce que je peux faire pour apprendre à m’aimer ?
Et si m’aimer c’est déjà trop dur, comment je peux faire pour apprendre à m’apprécier
? »

Et du coup, j’ai fait ce petit chemin.
Voilà, j’ai créé, entre guillemets, « un chez moi » que j’aime de plus en plus.
(…)
Un jour où j’allais pas bien,
une infirmière à l’hôpital m’a dit :

« Écoute, viens, prends un papier, on va écrire tes qualités, tes défauts. »

Elle m’a dit :

« Voilà, écris-les. »

Alors, évidemment pour les qualités, j’ai mis :

« Je cours vite et je joue de la guitare. »

Des qualités, j’en avais deux.
Et les défauts…
En veux-tu en voilà, j’en avais plein !
Et ça a été fascinant pour moi d’entendre cette personne
qui est venue contredire mes défauts un à un.
(…)

Et en fait, des choses que je considérais, moi, négativement,
ou que je voyais de manière négative,
elle les a transformées de manière positive
et ça a été une espèce de révélation dans ma tête
où je me suis dit :

« Waouh ! Mais en fait, j’ai de la valeur
et je suis « quelqu’un de bien » entre guillemets. »

(…)
Quelqu’un qui amène quelque chose de bien dans ce monde.
(…)
Et du coup, ça a été un élément déclencheur extrêmement important,
(…) parce que, quand ma petite voix me disait :

« Tu mérites de mourir,
tu n’as pas de valeur,
tu sers à rien »,

j’avais ce flashback de l’infirmière et moi
et j’avais ces mots qui me disaient :

« Non, regarde, tu as de la valeur,
tu es curieuse,
tu es gentil
le,
tu es altruiste,
tu es à l’écoute.
»

Et en fait sans le vouloir,
ça a un peu fait ce dialogue ping-pong
d’effets « revers » de mes pensées négatives entre guillemets.
(…)

Ce que je trouve absolument fascinant avec la souffrance,
c’est qu’on peut l’utiliser et la transformer
en quelque chose de magnifique.

Tu n’as pas de valeur, tu mérites de mourir. Ping.
Bah non, c’est pas vrai. En fait, tu es curieuse. Pong, etc.
(…)
Les premiers mois, j’étais incapable de le voir, ce bon, ce positif,
c’était que du ping-pong négatif.

Mais j’ai été accompagnée par quelqu’un qui m’a aidée
(…)
J’ai la chance de ne plus avoir de pensées suicidaires du tout, depuis des années,
de ne plus vouloir me faire du mal du tout, depuis des années.

C’est une partie de moi qui a existé, mais aujourd’hui,
je ne la ressens pas du tout dans mon quotidien.
(…)

Aller mieux,
ça passe aussi par être capable
d’expliquer qu’on va mal
et de dire à quelqu’un :

« j’ai besoin d’aide. »

Et ça, ça aide beaucoup.
(…)
Ma dépression,
mes envies suicidaires,
quand j’en suis sortie,
quand j’allais mieux,
j’en ai fait quelque chose.
Et ce quelque chose,
ça a été de me dire :

« Comment faire pour apprendre à penser aujourd’hui ? »


(…)
Ici et maintenant, qu’est-ce que je peux faire pour aller mieux ?
Et c’est vrai que dans toutes les épreuves
que j’ai eues ou que j’ai ou que je vais avoir dans mon quotidien,
j’essaie de les transformer.
(…)

Audrey

Le facteur déclenchant,
ça a été le décès de ma meilleure amie
qui était aussi la marraine des enfants,
alors que j’avais déjà subi le décès de mon conjoint par suicide.
Ça a commencé à devenir quelque chose d’envisageable.
(…)
Au début en y pensant de temps à autre,
après, c’est même pas en y pensant,
c’est que ça surgissait, en fait.
À la moindre contrariété, difficulté
ou à un moment de flottement,
de solitude ou dans les moments où le sommeil venait pas,
ça pouvait être, ben, pourquoi pas ?
Donc, c’est même quelque chose
qui peut être un peu sournois, je dirais.
(…)

J’ai appelé une amie très proche
qui est devenue ma personne de confiance depuis.
Je lui ai demandé :

« Mais c’était comment, toi, quand tu as fait une dépression ? »

Parce que je savais qu’elle avait fait une dépression.
Et en fait, c’est ça qui a tout déclenché.
Elle m’a dit :

« Ben voilà, tu as deux choix. »

Elle est infirmière psy.
Donc, elle sait très bien ce qu’elle fait.

« Soit tu prends rendez-vous chez un médecin et tu me dis quand. »
« Soit demain matin, je débarque et c’est moi qui prends rendez-vous chez un médecin. »

(…)

Il fallait que quelqu’un, un médecin, puisse me dire :

« Voilà ce qui se passe, voilà ce qui vous arrive.
Vous faites une dépression.
Il s’est passé beaucoup de choses dans votre vie.
Il y a un facteur déclenchant.
C’est le décès de votre amie.
Ça aurait pu être n’importe quoi d’autre.
Mais là, vous êtes arrivée au bout du bout de vos ressources
et des réponses que vous avez mises en place
depuis x années pour tenir le coup.
Et vous n’en avez plus.
Donc la réponse
que je vous propose, pour l’instant en tout cas, c’est…»

(…)

Je crois que c’est vraiment essentiel,
que ce soit dans les idées suicidaires
ou dans n’importe quelle autre pathologie, maladie,
de savoir contre quoi on se bat.
Si on ne comprend pas contre quoi on se bat,
le combat, il va être encore plus dur, je crois.

C’est-à-dire vraiment comprendre
la différence entre des idées suicidaires passives
et pourquoi elles deviennent actives
et qu’est-ce que c’est que le phénomène déclenchant
et à partir de quand il faut s’inquiéter.
(…)

J’ai intégré le moi d’abord,
sans que ce soit de l’égocentrisme,
sans que ce soit de l’égoïsme,
sans que ce soit culpabilisant.
Je n’y arrive pas encore toujours,
c’est compliqué,
mais j’ai vraiment intégré le moi d’abord
pour ressentir un peu de sécurité.
(…)

J’en ai parlé à un tout petit cercle.
Pas à mes parents, pas à ma famille.
(…)

Et ce tout petit cercle-là, (…)
est capable de vous poser la question,
pas de savoir comment ça va,
mais de savoir si vous avez des idées suicidaires.
(…)

Ça m’a permis tout de suite d’aller un peu mieux.
Ça a mis quelques mois quand même,
mais je pense aussi
que le traitement a mis quelques mois à agir
pour que ces idées suicidaires-là soient moins envahissantes,
même si elles sont restées quotidiennes pendant un moment.
(…)

L’outil, c’est qu’en fait,
plus je l’ai verbalisé, plus j’avais l’impression de contrôler.
(…)

Aujourd’hui, même quand je dois affronter un problème,
quel qu’il soit, financier, administratif,
ma bagnole est en panne,
j’ai un accident,
ça va me contrarier,
ça va m’agacer,
ça va m’insupporter,
mais j’ai une prise de recul phénoménale.
Et au bout du bout, j’arrive toujours à me dire :

« Mais ma fille,
ça peut pas être pire que quand tu as voulu mourir. »

(…)

Voilà. Moi, en ce qui me concerne, oui,
je suis heureuse d’être en vie,
même si je la trouve parfois pénible cette vie.
(…)

Si j’avais eu quelqu’un à côté de moi
qui avait traversé ça avant moi
et qui avait pu me dire :

« Mais ce que tu vis là, je l’ai vécu.
Ça s’appelle des idées suicidaires,
ça s’appelle une crise suicidaire.
Tu as un scénario,
c’est verrouillé,
ça t’inquiète pas,
ça te fait pas peur,
mais tu es en danger. »

Je pense que j’aurais aimé qu’on me dise ça.
Le message d’espoir, c’est que c’est réversible.
C’est que rien n’est arrêté vraiment.
C’est une phase de notre vie,
une phase douloureuse,
compliquée,
archi-négative,
potentiellement dangereuse,
en tout cas grave,
(…)
ça fait mal,
ça fait vraiment souffrir,
mais, c’est quelque chose de réversible. (…)

Aujourd’hui, j’arrête pas de dire que je vais bien.
Je vais vachement bien.
Je vais super bien.


Christophe

Alors, il y a clairement
une vie AVANT,
une vie APRÈS.
Moi,
par rapport à tous ceux qui n’ont pas traversé
ce que j’ai traversé,
je leur réponds ça :

« Moi, au moins, je sais comment ça se passe une crise suicidaire.
Je l’ai déjà vécue. »

(…)

Alors, clairement, c’est un point de bascule.
(…)
Ça peut être une maladie.
Ça peut être n’importe quel événement dur.
Ça dépend de ce qu’on va en faire.
(…)
Moi, j’ai décidé d’en faire une force,
d’apprendre encore et encore,
de m’intéresser aux autres.
Maintenant, globalement,
je suis nettement plus heureux qu’avant.
En fait, ma vie n’est pas forcément différente.
C’est juste que
quand un petit moment de bonheur se présente,
et ben, je l’apprécie pleinement.
(…)

Je me sens plus posé sur mes deux pieds, plus stable.
Je sais quelle est la route qui mène au fond du chemin
parce que cette route, je l’ai parcourue.
Donc si jamais je dois avoir à la parcourir de nouveau,
j’ai mis en place des facteurs de protection, un peu à tous les étages.
(…)

Ça peut arriver à tout le monde.
Et il faut accepter d’avoir de l’aide,
faut accepter de faire confiance,
faut accepter de parler,
et que ça va faire énormément de bien.
Le fait d’accepter de parler, si on est avant la crise suicidaire,
ça va permettre de pas aller jusqu’à la crise suicidaire
et de se remonter avant, sans aller au plus bas.
Et si on est passé par là,
parler va permettre de remonter un peu plus vite.
Et surtout, ça va permettre de se reconstruire différemment.

En me connaissant mieux,
je gère mieux mon quotidien,
parce que le quotidien,
c’est ce qu’il y a de plus compliqué à vivre, en vrai.
Ça permet d’être beaucoup plus à l’écoute de soi,
de dire aux autres ce dont on a besoin au moment où on en a besoin,
chose qu‘il m’était impossible de faire avant.

Avant de savoir tout ça,
pour moi, c’était interdit d’avoir peur,
c’était interdit d’être triste.
La seule émotion que je m’autorisais, c’était la colère.
Et je m’étais forgé une carapace étanche.
On pouvait m’insulter pendant des heures, ça ne me faisait rien.
Mais en retour, elle était étanche aussi de l’intérieur
et les émotions ne sortaient pas.
Que ça soit les émotions négatives
face à la personne qui m’insultait, par exemple,
mais aussi, les émotions positives.
(…)

Maintenant, au lieu de refuser les émotions
avec ma carapace, avec mon bouclier,
je les accepte.
La vie, on peut dire que c’est comme l’océan
(…)
Si vous êtes pris dans un courant qui vous emmène au large,
si vous essayez de vous battre contre le courant
et de revenir malgré tout au bord,
vous allez vous épuiser
et vous noyer.
Ce qu’il faut faire,
c’est accepter d’être porté au loin par le courant
et puis se laisser sortir du courant et revenir.
(…)

Il a fallu ça
pour que je puisse grandir sur beaucoup de choses.
Voilà.

Olivier

Je pense que c’est ce qui m’a fait basculer
dans la crise suicidaire :
j’ai subi des actes pédophiles.
Pas par un proche,
mais par une personne complètement inconnue.
Ça se passait à la piscine municipale
où mon père nous emmenait tous les dimanches.
J’ai pris ça de plein fouet et je me suis encore plus isolé.
C’est vraiment courant 2005
que les premières idées suicidaires sont apparues.
Toutes ces strates de tristesse,
de frustration, de souffrance,
d’isolement,
tout ça a fini par s’accumuler petit à petit,
et puis, ça a commencé à devenir vraiment très, très pesant.

Mon esprit à dit stop en 2011.

(…)

Il y a eu un gros blackout.
Je me souviens des ambulanciers qui sont venus me chercher
et puis après, plus rien.
Plus rien pendant je ne sais pas combien d’heures (…)
Plus rien jusqu’à mon réveil aux urgences psy.
Et tout ce à quoi j’aspirais à ce moment-là, c’était à du calme.
J’étais bien aux urgences psy.
J’étais tout seul, j’étais au calme.
On s’occupait de moi, mais de façon très, très parcimonieuse,
très, très bienveillante.
C’était agréable, quoi.
Et ça m’a permis de savoir ce qui réellement faisait de moi la personne que j’étais.
Pourquoi j’en étais arrivé à ce stade ?
Pourquoi telle chose pouvait me blesser ?
Pourquoi ? Et en fait, j’ai appris énormément.
J’ai appris à me rapprocher de choses simples,
de la nature, des fleurs, de l’eau…
(…)
Ça fait bizarre de dire ça
parce qu’on pourrait penser, c’est tout con,
c’est tout cucu.
Mais en fait, non.
Ça a tellement été puissant, ces 12 jours-là.
Ça m’a permis de prendre un virage
avec les conseils que le psychologue m’a donnés.
(…)
Ça m’a permis vraiment beaucoup de choses
et surtout ça a permis un truc essentiel :
(…)
l’acceptation.
L’acceptation d’avoir été mal.
l’acceptation d’avoir souffert,
l’acceptation d’avoir subi ce que j’ai pu subir pendant mon enfance,
l’acceptation d’avoir été mal avec mon corps.
(…)
Puis l’après,
un après beaucoup plus serein,
je suis reparti avec de meilleurs outils,
de meilleures idées,
une meilleure image de moi, et surtout, une autre image de moi.
(…)
Ça laisse des traces
mais c’est beaucoup plus facile à gérer
et puis on se sent beaucoup mieux
quand on a fait,
non pas le deuil,
mais l’acceptation de cette période.
(…) voilà, des choses peuvent arriver.
Mais, on peut renaître de ce genre de sale moment.
La crise suicidaire,
c’est quelque chose d’hyper impactant.
(…)
La crise suicidaire,
c’est pas juste : je vais pas bien, machin bidule.
Non, c’est bien plus que ça.
On est meurtri dans la chair.
On est meurtri dans l’âme.
On est en souffrance extrême.
La souffrance extrême, c’est quelque chose qui tue.

(…)
Et jamais, jamais, j’aurais pensé en 2011,
jamais, j’aurais pensé en arriver à ce stade là.
Jamais.

Peut-être que c’est lié au fait que je suis un homme
et que ça m’est arrivé entre 35 et 40 ans.
Donc, j’ai vraiment été emprisonné…
Je me suis vraiment isolé.
(…)
Donc pas de communication…
(…)
Pas de communication profonde sur mon mal-être.
La seule lueur d’espoir que j’ai eue
c’est cette interne aux urgences psy.
C’est une personne que je ne connaissais pas.
La douceur et la bienveillance de son discours
ont permis d’entrouvrir une porte…
(…)

Si cette porte-là s’était entrouverte avant,
je ne serais sans doute pas allé jusqu’au passage à l’acte.
Je pense qu’il y a pas de honte, non plus,
à aller vers quelqu’un,
ou à écouter quelqu’un qui ne va pas bien.
Au contraire, ça permet de temporiser les choses
et peut-être d’apaiser les choses
et de provoquer chez cette personne
qui traverse une mauvaise passe,
des idées noires,
ou une crise suicidaire,
le réflexe d’aller vers un professionnel de santé,
ou d’aller vers son médecin traitant,
pour bénéficier d’un conseil, d’une prise en charge…
Instaurer une communication, ne serait-ce que toute simple,
ça peut quelquefois aider à désamorcer une situation de crise.
C’est important.

(…)
J’ai pris l’habitude de ressentir
les choses quotidiennes différemment.
(…)
Prendre le temps de savourer le moment
dont on sait que ça nous apporte
une énergie positive.
Et à partir du moment
où on apprend à faire ça,
on chasse naturellement ce mal-être
qui pourrait s’installer.
Le bien-être n’est pas une sinécure
mais ça s’apprend.
(…)
Dans la crise suicidaire,
on vit en dehors de son corps.
On se regarde.
Moi, je l’ai vécue comme ça.
On est en dehors.
Il y a quelque chose qui se floute autour de soi
et on est dans l’entonnoir
et on se voit s’enfoncer…
comme dans un entonnoir,
ça glisse…
Moi, je me suis beaucoup vu de l’extérieur à ce moment-là.

Tout à l’heure, l’émotion est montée,
les larmes sont montées
parce que ça me rappelait la douleur
ou la souffrance
ressentie à ce moment-là.

Et aujourd’hui, je peux pleurer sur un son, une musique…
(…)
Mais je laisse faire…
(…)

Aujourd’hui, je suis en accord avec moi-même.
(…)

Le fait de s’autoriser des choses
auxquelles on n’avait pas forcément pensé avant
ou que l’on ne s’autorisait pas avant,
ça ne peut être que bénéfique.

Si on a envie de faire du théâtre, faisons du théâtre.
Si on a envie de peindre, peignons.
C’est pas pour ça qu’on va devenir Picasso,
mais peu importe.
On s’en fout.
À partir du moment
où ça apporte quelque chose
de bien, de positif et d’apaisant,
il faut y aller !
(…)
Je me suis rendu compte
que les choses rentrent dans l’ordre petit à petit…
Parce que j’étais apaisé et que…
j’avais accepté pas mal de choses et fait le travail derrière.
Donc, c’est bien mieux aujourd’hui.

Pascaline

Moi, j’ai fait beaucoup de tentatives.
Oui, j’ai fait 12 tentatives au total.
J’ai des difficultés à en parler,
pas parce que ça me gêne, pas du tout,
mais parce que j’ai toujours peur de la réaction des gens.
(…)
J’ai fait une très grosse décompensation
et j’ai commencé à avoir plein d’idées noires à ce moment-là.
Et j’avais pas la possibilité d’en parler.
(…)
On m’a beaucoup dit :

« Il faut t’endurcir.
Tu es trop fragile.
Tu es trop sensible. »

Et puis aussi :

« Si les gens te blessent,
c’est parce que tu te livres trop.
Il faut pas parler de toi. »

J’ai beaucoup grandi dans ça.
Je comprends l’intention derrière,
mais je vois aussi le mal que ça m’a fait
parce que, du coup, j’ai eu beaucoup de mal à m’ouvrir.

J’ai été accompagnée pendant deux ans
par un infirmier psy
quand j’étais étudiante.
Et chaque fois, il me disait :

« Mais vous avez l’air très bien,
vous êtes souriante,
vous rigolez,
ça a l’air d’aller bien. »

Et maintenant, avec le recul,
je pense que j’étais incapable de m’ouvrir.
Incapable de montrer vraiment cette partie-là de moi en souffrance
où je faisais des crises d’angoisse, le soir,
où j’avais des voix dans ma tête
qui me répétaient
que j’étais la pire chose au monde.

Et je pense que j’avais une vraie difficulté à montrer ça
parce qu’on ne m’a jamais appris à le faire.
En fait, je me suis rendu compte avec le temps,
que si on ne demandait pas d’aide, on ne pouvait pas en recevoir.
On se crée une image de qui on est
et de qui on a envie d’être.
Et en fait, on n’arrive pas à accepter des parties de nous.
On ne contrôle pas totalement qui on est.
On ne contrôle pas si on a une maladie chronique,
si on est grand ou petit.
Enfin, il y a plein de choses
de notre personnalité,
de notre corps
qu’on ne peut pas contrôler.
(…)

C’est jamais tout noir ou blanc, en fait.
C’est vraiment plein de nuances.
(…)

Quand je suis devenue maman, on m’a beaucoup dit :

« Oui, mais quand même, tu as une fille et elle est super. »

alors que moi, j’avais des idées noires
je me sentais mal à l’intérieur
et je ne rêvais que d’une chose :
prendre mes valises et me barrer.
(…)

On a une pression à être heureux…
alors qu’en fait, des émotions,
on en a 10 000 !
C’est normal que ça change.
Là où ça devient problématique,
c’est quand on n’a que de la tristesse,
ou que de la colère…
(…)

Pour ce qui est des petites astuces,
moi, j’ai beaucoup écrit.

Pour sortir ce qu’il y avait dans ma tête,
je le mettais sur le papier
et puis après, soit je le brûlais,
soit je le mettais à la poubelle.
(…)

Une autre chose que je fais encore de temps en temps,
les jours où je me sens bien,
je m’écris une lettre que je lis
les jours où je ne vais pas bien.
(…)

Il y a 5 ans, jamais j’aurais imaginé être capable de tout ça.
Et je pense que même si on en avait parlé à mes proches,

ils auraient dit :

« Non, jamais elle y arrivera. »

Mais au fur et à mesure que je me suis rendu compte
que j’avais cette capacité-là,
(…)
j’ai repris confiance en moi.
(…)

Je sais que j’ai survécu
et chaque fois que mes idées noires reviennent,
je sais que ça va être long,
je sais que ça va être douloureux
mais je sais que j’ai survécu dans le passé
et que je vais encore survivre
(…)

Exactement comme Ulysse a résisté à l’appel des sirènes.
(…)
Je sais que ça va revenir…
mais maintenant je sais
que je ne vais pas me laisser emporter
parce que je sais comment ça marche.
(…)
Je suis aussi plus tolérante envers moi-même.
(…)
Mes échecs, je les prends beaucoup plus comme une leçon qu’avant.
Je sais qu’il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas
et qu’il y a plein de combats intérieurs qu’on imagine même pas.
(…)

Je laisse beaucoup plus filer les choses (…)
Il y a plein de choses où je me dis :

« Il y a pire dans la vie. »

En fait, il y a plein de choses qu’on ne contrôle pas.
Il faut profiter de ce qu’on a. Il faut profiter des petits bonheurs.

Roxane

Je préparais pas mon suicide…
Y avait pas d’appel à l’aide,
Y avait pas de retour en arrière…
Je voulais vraiment plus.
C’était vraiment une envie qui était très présente
et je comptais bien en finir avec cette souffrance,
avec cette culpabilisation,
avec ce poids du monde et ces incompréhensions,
avec l’impossibilité de trouver ma place.
(…)

Je ne suis plus la même personne
que celle que j’étais avant mes crises suicidaires.
J’ai fait trois tentatives de suicide.
J’ai lâché à plusieurs moments.
L’espoir n’était plus là.
(…)

J’aurais jamais pu imaginer ma vie maintenant.
(…)
C’est important de permettre aux personnes de se projeter,
de pouvoir prendre conscience qu’il y a une santé mentale,
qu’on peut en prendre soin…
(…)
C’est important de transmettre l’espoir.
(…)
Les choses sont toujours temporaires.
Toutes celles qu’on vit.
Donc, la situation, elle peut prendre fin, oui.
Il faut transmettre que c’est possible.
(…)

Dans mon rôle de maman,
je me sers de mon expérience
pour sensibiliser mon fils à ces questions-là :

« Tu ressens une émotion ?
OK, c’est quoi l’émotion ?
Pourquoi tu la ressens ?
Tu la ressens où ?
Tu as le droit d’être triste.
Oui, tu as le droit de pleurer.
Tu as le droit d’être fâché. »

Ouais, c’est normal de valider ces émotions,
de permettre qu’elles existent.
parce que, du coup, on parle de santé mentale,
on ne peut pas ne pas parler d’émotion !
(…)
C’est avec ça que je travaille chaque jour.
C’est avec ça que j’accompagne mes pairs.
Ça fait de moi une personne
particulièrement adaptée pour ce que je fais.
J’adore faire ce travail-là.
(…)
J’ai réussi à trouver ma place
et à accepter de vivre dans ce monde-là,
à ne plus en souffrir,
à trouver mon équilibre…
(…)
J’ai trouvé ma place dans la société.
Je suis une femme
mais je suis également une maman
et une professionnelle qui agit dans le domaine de la santé mentale.
J’exerce un travail passionnant où chaque jour,
je me lève pour dire à mes pairs,
oui, c’est possible de tenir le coup.
(…)

J’aurais bien aimé qu’on me dise :

« Le rétablissement, c’est long,
mais voici comment gérer les symptômes. »
(…)
« La maladie fonctionne comme ça. »

(…)

Les ressources varient d’une personne à l’autre.
Il n’y a pas de chemin universel.
Il faut pouvoir tester et trouver ce qui correspond à chacun.
J’ai repris le pouvoir
et j’aide les personnes avec ce que j’ai vécu de négatif.
Du coup, je la ressens, cette gratitude.

Retrouvez l’intégralité des témoignages en vidéo sur : https://lesulysses.fr/temoignages/
Les Ulysses : la puissance du récit en prévention du suicide.