Il existe plusieurs manières d’évaluer la présence de projets suicidaires chez un patient et son intention de les mettre à exécution. Le nombre de scénarios envisagés, le niveau de préparation associé à chacun d’eux, ainsi que l’intensité de la préoccupation qu’ils suscitent chez le patient, peuvent tous nous renseigner sur le degré de risque.
Explorer, selon le point de vue du patient, ce qui pourrait accroître son intention de passer à l’acte peut fournir une information précieuse pour affiner l’évaluation clinique. Souvent, un patient évoque un projet mais garde le silence sur d’autres, en particulier sur celui qu’il envisage réellement de mettre en œuvre.
Pour démêler le vrai du faux de manière plus fiable, la psychologue Liz Masco procède de la façon suivante :
Après avoir discuté ouvertement avec le patient de ses sources de stress et des tensions auxquelles il est confronté, elle lui demande :
« Qu’est-ce qui pourrait vous pousser à passer à l’acte ? »
ou bien :
« Qu’est-ce qui pourrait vous pousser à faire une nouvelle tentative ? »
Elle va parfois jusqu’à affiner la question en demandant : :
« Si [ facteur de stress spécifique à préciser] devait se produire, que pensez-vous que vous feriez ? »
Exemple :
« Si le tribunal vous retire la garde de vos enfants jeudi, que pensez-vous faire ? »
ou bien de manière encore plus spécifique :
« Si l’on vous retirait la garde de vos enfants ce jeudi, pensez-vous que vous pourriez vous suicider ? »
Ce type de questions peut aider à faire émerger des intentions suicidaires. Les dernières, en particulier, peuvent amener le patient à évoquer des projets préoccupants sans qu’ils soient nécessairement suicidaires, ou à révéler au contraire des ressources jusqu’alors méconnues — telles qu’une force intérieure, des capacités de résilience ou de résolution de problèmes. Elles peuvent également ouvrir la voie à une démarche collaborative entre le patient et le clinicien pour identifier des pistes de sortie de crise.